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Politique | Municipales dans la Vienne, entre stabilité et renouvellement

Dans la Vienne, 302 555 électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche 15 mars pour le premier tour des élections municipales

Le premier tour des élections municipales se tient ce dimanche 15 mars. Les candidats sont lancés dans la course, même si la campagne est quelque peu occultée par le Coronavirus ou encore l’actualité nationale et certaines tensions sociales. Que va-t-il se passer lors de ce scrutin dans le département de la Vienne ? Va-t-il y avoir une prime aux maires sortants qui apparaissent en ballottage favorable, que ce soit à Poitiers ou à Châtellerault ? Une triangulaire voire quadrangulaire à Poitiers pour le second tour ? Ce scrutin va aussi être l’occasion de découvrir de nouvelles personnalités candidates au poste de maire. Rien que sur la communauté urbaine de Grand Poitiers, 16 maires sur 40 ont décidé d’arrêter. Pour leur succéder, des listes dans leur continuité ou d’autres qui prônent le changement. Petit tour d’horizon dans la Vienne avant ce premier tour avec l’oeil éclairé du professeur émérite de droit public, Dominique Breillat, spécialiste de la politique du département.

Malgré la pandémie du Coronavirus, les dernières réunions publiques ont bien été maintenues cette semaine pour les candidats aux municipales dans les différentes villes de la Vienne, quelles soient petites ou plus importantes. Porte-à-porte, présence sur les divers marchés, matraquage sur les réseaux sociaux, tous les candidats ont livré toute leur force en cette fin de campagne. « Je dirais que cette campagne est un peu atone… il ne s’est pas passé grand-chose. Cela s’est beaucoup déroulé en coulisses. Chaque candidat a attendu que l’autre se dévoile. Il y a eu beaucoup d’observations. Le temps de campagne a été relativement réduit », analyse Dominique Breillat, professeur émérite de droit public et spécialiste politique.

Le maire reste un personnage politique important. Selon le sondage réalisé par Odoxa pour CGI, France Info, France Bleu et la Presse en région, publié en octobre dernier, c’est l’élu le plus populaire auprès des Français. 63% déclarent avoir une bonne opinion de lui. « Les maires possèdent la plus grande popularité de la part des électeurs. Surtout dans les petites villes, où ils sont vus comme les personnes que l’on peut joindre immédiatement », indique le professeur émérite. Dans la Vienne, ce sont 302 555 électeurs qui sont appelés aux urnes les dimanches 15 et 22 mars. Au total,165 listes ont été déposées et référencées par la préfecture pour les 95 communes de plus de 1 000 habitants du département. 52 communes ne présentent qu’une seule liste, 33 en ont deux, 9 en ont trois, 1 en a 4 et enfin Châtellerault en compte 7 et Poitiers 8. A noter également, que deux communes n’ont à ce jour pas de candidat. Il s’agit de Cherves et Berthegeon. Pas d’élection prévue ce dimanche pour le premier tour, mais attention des candidats peuvent se déclarer entre les deux tours.

A Poitiers, huit candidats sont déclarés pour le premier tour des élections municipales qui se déroulent ce dimanche 15 mars.

Quatre ou cinq listes au second tour à Poitiers ?

Direction Poitiers où 8 listes se présentent : Manon Labaye (NPA), Léonore Moncond’huy (EELV, PC, Génération.s), Kévin Courtois (RN), Alain Claeys (PS), Anthony Brottier (LREM), Thierry Alquier (LR, UDI), Ludovic Gaillard (LO). « Je dirais que deux listes font de la figuration : Lutte ouvrière et le NPA. Ces candidats savent très bien qu’il ne remporteront pas la mairie. Cependant, il y aura une lutte entre trois ou quatre listes, sans doute pour le second tour », livre Dominique Breillat. Les sondages rejoignent la vision du spécialiste politique. Le 28 février dernier, le sondage Ifop-Fiducial pour La Nouvelle République et Centre Presse accordait 4% à Manon Labaye (NPA) et 1% à Ludovic Gaillard (LO). Ensuite, c’était plus serré entre les candidats. Alain Claeys (PS), le maire sortant, arrivait en tête des intentions de vote du premier tour avec 28%, suivi par Léonore Moncond’huy (ELLV, PC, Génération.s) à 17%, Anthony Brottier (LREM) 15%, Thierry Alquier (LR, UDI) à 14%, Christiane FRAYSSE (divers gauche, écologiste) 11% et Kévin Courtois (RN) à 10%. Ce qui laisse présager une quadrangulaire voire une quinquangulaire pour le second tour. En 2014, ils étaient déjà quatre candidats au second tour. 

Châtellerault : Abelin favori

A Châtellerault, pas moins de sept listes s’affrontent : Fabrice Auger (liste de l'Union des démocrates musulmans français), David Simon (LREM), Françoise Méry (PS, Verts Génération.s), Marion Latus (RN), Patrice Villeret (LO), Jean-Pierre Abelin (sans étiquette mais soutenu par LR et le Centre), Didier Simonet (Divers gauche). Aucun sondage n’a été commandé sur la deuxième ville de la Vienne. Cependant, Jean-Pierre Abelin, le maire sortant, qui se présente pour un troisième mandat, apparaît comme favori. « Il est sans étiquette, mais dispose tout de même du soutien du Centre et même des Républicains qui n’ont mis personne en face de lui. Il n’a pas voulu négocier avec LREM. Il a considéré qu’il n’avait pas besoin de leur adoubement », explique Dominique Breillat. Les Abelin, c’est une dynastie sur Châtellerault. En 1959, Pierre Abelin est élu. Il restera le premier magistrat de la ville jusqu’à son décès en mai 1977. Sa femme, Geneviève, lui succède jusqu’en 1983 où Jean-Pierre Abelin, le fils se présente pour la première fois. Il sera battu par Edith Cresson. Ce n’est qu’en 2008, après 25 ans de règne socialiste sur la mairie de Châtellerault, que Jean-Pierre Abelin reprend les rênes de la mairie et la fait basculer au centre-droit. 

A Châtellerault, sept candidats pour ce premier tour aux élections municipales. Jean-Pierre Abelin, maire sortant, semble favori

Retour du côté de la communauté urbaine de Grand Poitiers. Un constat est visible : de nombreux maires  ne se représentent pas. Ils sont tout de même assez nombreux puisque sur 40, 16 ont décidé de ne pas rempiler pour un nouveau mandat. Cela concerne des communes assez proches de Poitiers. Que ce soit à Mignaloux-Beauvoir, où le maire sortant Gérard Sol (PS), considère qu’il a fait son temps ou à Saint-Benoît, où Dominique Clément a décidé de ranger son écharpe bleu-blanc-rouge au placard, après 19 ans et trois mandats à la tête de sa commune, il a indiqué à nos confrères de Centre Presse qu’il n’était pas lassé mais qu’il voulait partir au bon moment et éviter le fameux mandat de trop. Buxerolles, Ligugé, Lusignan, Vouneuil-sous-Biard, Fontaine-le-Comte, Saint-Georges-lès-Baillargeaux sont d’autres communes importantes de Grand Poitiers où les maires sortants arrêtent. « Il y a de multiples raisons derrières ces arrêts. Certains pensent qu’ils ont fait leur temps en enchaînant déjà plusieurs mandats, d’autres ont atteint un certain âge, ça permet à d’autres de leur succéder », commente Dominique Breillat.

Un gros retard pour la parité

Dominique Breillat dresse le portrait des 266 maires actuels dans la Vienne. 121 sont retraités et il y avait un certain retard au niveau de la parité qui est effective sur les listes, mais qui ne se voit pas au niveau des maires ; 213 hommes l’étaient contre seulement 53 femmes. Il reconnaît qu’il aimerait que ça change. Cependant,  selon lui, depuis l’interdiction du cumul des mandats, les maires ont changé. « Avant, il s’agissait du mandat auquel les élus tenaient le plus. Il leur permettait d’assoir véritablement leur force politique au niveau local. Maintenant c’est fini, ça ouvre plus le jeu politique, ça le rend plus incertain, et les carrières ne sont plus aussi longues que par le passé », résume-t-il.

Et même si on avance un peu dans l’inconnu avant les résultats de ces élections municipales, pour  la Vienne, Dominique Breillat constate un certain manque de notoriété au niveau des personnalités politiques à l’échelle nationale voire même régionale. « Il y a un problème, il n’y a plus de personnalité politique forte dans le Vienne. Avant il y avait Jean-Pierre Raffarin qui était quand même une personnalité politique dominante au niveau national. On peut considérer qu’Alain Claeys et l’un des derniers mais il n’a pas la même personnalité ». Malgré tout, le spécialiste politique ne s’attend pas non plus à un bouleversement du paysage « surtout quand les maires sortants se représentent ». Il a noté deux idées fortes qui apparaissent souvent dans les voeux des candidats aux élections municipales. « Tous sont indépendants et tous veulent rassembler ». Sans oublier que le sans étiquette est devenu une norme. « C’est pour avoir une assise et ratisser plus large, explique Dominique Breillat. Mais cela permet aussi d’avoir sur les listes des gens qui vont être impliqués dans ce qu’on appelle la société civile ou même des associations et qui n’appartiennent pas forcément à des partis… » Autre thématique qui revient souvent dans les différents programmes de droite et de gauche : l’écologie. « Tout le monde est écolo, il n’y a pas une liste qui n’affirme pas son attachement à l’environnement. Je crois que je ne connais pas qui sont « climatoseptiques » en ce moment », sourit-il.

En résumé, cette campagne pour les municipales n’a pas vraiment eu d’impact et suscite peu d’enthousiasme chez les électeurs. Elle a souvent été balayée par l’actualité sociale et nationale et notamment par la pandémie du Coronavirus. A qui va profiter ce scrutin ? Difficile de le dire aujourd’hui. LREM aimerait bien prendre un certain nombre de mairies dans un contexte qui lui est peu favorable. La gauche souhaite en conserver pour continuer d’exister et c’est un peu la même chose à droite. On en saura plus dimanche soir. 

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Julien Privat
Julien Privat

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 12/03/2020