Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Société | L'héritage de la décolonisation au cœur d'un débat à Bordeaux

60e indépendances africaines

Le 26 juin 2020 à Bordeaux à l’espace Darwin s’est tenu une conférence intitulée « 60 ans après, que reste-t-il des indépendances malgaches et congolaises ? » Le public venu assister au débat organisé par l’association « Mémoires et Partages » a eu le plaisir de découvrir deux invités, Jean-Luc Raharimanana, poète, ainsi que Jean-Jacques Lumumba, lanceur d’alerte.

Karfa Sira Diallo, essayiste et éditorialiste bordelais engagé dans l’association « Mémoires & Partages » a souhaité en préambule de la conférence rappeler que Bordeaux aurait dû accueillir du 4 au 6 juin 2020 le Sommet Afrique France. La crise sanitaire ayant frappé, le sommet est annulé, mais les membres de l’association ont choisi de maintenir ce qui aurait dû être le contre-sommet. « Nous avons tenu à offrir une alternative à cette relation tragique fondée sur un crime contre l’humanité », commente Karfa Sira Diallo. Le choix de la date n’est pas anecdotique selon le président de l’association puisque le 26 juin 1960 Madagascar obtient son indépendance et quatre jours plus tard, le 30 juin, le Congo proclame lui aussi son indépendance.

 « Des anciens ont vécu la libération, moi j’en suis seulement l’héritier »

Pour le premier intervenant, Jean-Luc Raharimanana, un célèbre poète malgache, cette date du 26 juin revêt une signification encore plus forte puisqu’il est lui-même né un 26 juin, seulement 7 ans après l’indépendance de son pays. Son enfance a été bercée dans l’histoire de cette indépendance chèrement acquise, « des anciens ont vécu la libération et moi j’en suis seulement l’héritier et c’est à mon tour de transmettre ce qu’ils m’ont transmis. Cette place particulière que j’ai obtenue en naissant à cette date anniversaire m’a amené à réfléchir sur la manière dont les gens pensent l’indépendance ». L’auteur, souhaite aujourd’hui que la mémoire de l’indépendance soit aussi l’occasion d’aborder les sujets majeurs actuels qui touchent les Malgaches, « Est-ce que les Malgaches ont quitté la pauvreté et la corruption avec l’indépendance ? Non », affirme-t-il. Pour lui, l’indépendance, aussi importante soit-elle pour le pays, n’est qu’un premier pas en avant.

Jean-Jacques Lumumba, ancien banquier au Congo, devenu lanceur d’alerte et exilé politique, a de son côté lui aussi été marqué très personnellement par la proclamation d’indépendance de son pays. Le petit-neveu de Patrice Lumumba, figure de l'indépendance du Congo, assassiné seulement quelques mois après son accession au poste de Premier ministre, garde un souvenir douloureux de cette date du 30 juin, « l’indépendance a eu une résonance toute particulière chez moi, car j’ai eu la chance de vivre à côté du souvenir du héros de la libération; pour moi c’est une histoire triste quand nous pensons à l’indépendance. On pense à tous ceux qui sont morts », explique le lanceur d’alerte.

Le vivre ensemble, un véritable enjeu

Pourtant, de cette tristesse Jean-Jacques Lumumba et, Jean-Luc Raharimanana semblent vouloir tirer de quoi enseigner aux générations futures les crimes commis par les anciens gouvernements européens, « Léopold II ne peut pas être un héros » affirme Jean-Jacques Lumumba, « il est au même titre qu’Hitler un criminel. Mais il ne sert pas à grand-chose de détruire les statues, je pense qu’il vaut mieux enseigner et informer sur l’histoire de ces crimes ». Pour Jean-Luc Raharimanana, cette situation s’applique aussi à Madagascar : « va-t-on débaptiser le lycée Galliéni, ou allons-nous profondément changer les enseignements historiques qui sont en place dans ce lycée ? Il ne faut pas faire disparaitre ces signes, il faut les investir de leurs vrais sens ».

Pourtant la question du vivre ensemble, malgré ce passé si lourd à porter, doit être abordée selon Karfa Sira Diallo. Sur cette question, aussi, le poète malgache joue la carte de l’apaisement par l’enseignement : « il faut parler de Galliéni en France. L’apaisement peut amener à la connaissance et cela passe aussi par d’autres représentations de notre histoire, au sein même de nos pays, il ne faut pas mettre notre année zéro à la date de l’indépendance, notre histoire est bien plus riche que cela et elle n’a pas non plus commencé avec l’esclavage ou l’arrivée des colons ».  

Clément  Bordenave
Clément Bordenave

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 01/07/2020