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Politique | Pierre Hurmic élu maire de Bordeaux

Pierre Hurmic Bordeaux

Ça y est, c'est officiel. Ce vendredi 3 juillet, après un premier conseil d'installation d'environ deux heures, l'écologiste Pierre Hurmic, juriste et figure de l'opposition bordelaise pendant 25 ans, a été officiellement élu maire de Bordeaux à 48 voix pour, 14 votes blancs (en fait ceux de la liste Union Pour Bordeaux) et 3 votes pour Philippe Poutou. Dans un discours moins enflammé que résolu, il a énoncé son intention de "réparer la table" plutôt que de la renverser. Nous étions dans la salle de cet auditorium de Bordeaux, pour les applaudissements comme pour les huées. On vous raconte.

La salle est fébrile. Plus tôt, lors du vote solennel, quelques huées sont venues des tribunes au moment ou Nicolas Florian, Thomas Cazenave ou Alexandra Siarri sont venus déposer leur bulletin dans l'urne. Affublé d'une écharge rouge aux couleurs de sa liste Bordeaux en Luttes, Philippe Poutou, qui fait sa première entrée dans une assemblée d'élus, a ses propres supporters. Certains ont un gilet jaune sur le dos mais tous applaudissent plus fort que les autres et repassent quelques restes de slogans des manifs'. 

Au moment du dépouillement, l'auditorium de Bordeaux est traversé par un long moment un peu suspendu. Limités à 180 personnes, les gradins sont quasiment tous remplis, certains ayant attendu plus d'une heure avant le début de la séance pour pouvoir s'asseoir dans leur siège, en hauteur. On repère un ou deux t-shirt EELV, un masque vert. En bas, devant les gradins, la nouvelle équipe municipale est dispersée. Certains n'en reviennent toujours pas. D'autres, comme Nicolas Florian, le maire sortant, sont assaillis par les caméras et les flashs des appareils photos (une cinquantaine de journalistes accrédités, fait rare pour un conseil municipal) dès leur entrée dans cet "hémicycle" singulier. Le résultat final s'annonce : 48 voix pour, 14 bulletins blancs et trois votes pour Philippe Poutou. Le nouveau maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, s'avance à la tribune, sous des applaudissements nourris.

Hurmic le réparateur

Le discours est sobre, conciliant, teinté de quelques discrets reliefs. "Je ne laisserai jamais personne caricaturer l'écologie que nous avons choisie pour transformer Bordeaux. Non, elle n'est pas punitive, seule l'inaction est punitive. En repoussant à demain des décisions urgentes, on aggrave de fait la situation, hypothéquant les capacités de résistance de notre territoire. Notre écologie est pragmatique. Elle est aussi sociale et soucieuse de faire respirer la démocratie à Bordeaux. Tout ce que nous ferons pour les habitants, nous le ferons aussi et surtout avec eux", énonce-t-il.

Pierre Hurmic Bordeaux

Au rayon des images et des symboles, un seul moment notable, que nous nommerons "la séquence de la table". "Je veux aussi rassurer les acteurs économiques locaux que je sais inquiets", souligne Pierre Hurmic. "Nous n'allons pas renverser la table, nous allons la réparer". Quelques sourires, mais surtout des déclarations entrecoupées d'applaudissements. Tout au long de ces dernières, quelques rappels de promesses de campagne : un audit financier de la municipalité, des assises du pouvoir partagé, une équipe "en permanence soucieuse des deniers publics, de la sobriété, de la mesure", le défi climatique en porte-étendard (un état d'urgence climatique et un/e adjoint/e chargé/e de la question).

Enfin, un dernier mot à destination des électeurs et des habitants. "Je serai un maire attentif à vos problèmes, comme à vos attentes mais aussi à vos joies et à vos enthousiasmes, car il y en aura. Vous pourrez compter sur moi et sur la bienveillance que je vous dois pour ouvrir dès aujourd'hui le champ des possibles. C'est avec vous que je veux écrire ce nouveau chapitre de l'histoire bordelaise. Je le ferai avec enthousiasme, dévouement mais aussi avec une très grande détermination". Une citation marine plus tard ("Oser toujours, céder parfois, renoncer jamais !"), voilà donc l'affaire faite. 

Une opposition vigilante, une majorité qui prend le vent

Nicolas Florian, de son côté, aura donc choisi de ne pas présenter sa candidature, à l'inverse de Philippe Poutou. Il attendra, comme ce dernier, Thomas Cazenave et la socialiste Emmanuelle Ajon, la parole des élus le souhaitant, en fin de conseil, pour s'exprimer. Ses mots ne dépasseront pas le stade entendu de la vigilance, cordiale mais farouche.  "Vous vivez un moment particulier, l'ambiance y participe. Je vis moi-même un moment particulier (...) Je mesure le poids de votre responsabilité. Sachez que la transition entre un candidat et un maire est essentielle. Vous devez vous adresser à l'ensemble des habitants, il ne s'agit plus de défendre un camp, il s'agit de défendre Bordeaux. Je serai toujours attentif, pour la première fois en tant que membre de l'opposition, à ce que les politiques publiques qui ont été engagées depuis un an soient poursuivies".

Les quelques mots de Thomas Cazenave continuent de dérouler le même fil. "On a besoin d'unité dans un contexte difficile. Nous serons attentifs à ce que l'on aggrave pas les clivages et les différences territoriales. Nous avons besoin d'une feuille de route précise réalisée avec des méthodes respectant les principes de l'incitation, de l'accompagnement et qui se fasse sans brutalité. Renouveau Bordeaux défendra toujours ici les valeurs progressistes qui n'opposent pas l'économie, le social et l'écologie", termine l'ex-candidat En Marche sans huées mais avec des "claps" qui manquent un peu de panache. 

Philippe Poutou Bordeaux

Philippe Poutou, lui aussi, restera dans son rôle, après une brève manifestation avant le début de la séance, à l'extérieur. "On a fait une petite manifestation parce qu'on ne sait faire que ça pour l'instant", raillera-t-il. "On est pas des super élus, on essaiera de jouer le rôle qu'on peut jouer, de se battre pour ce programme en rupture. On essaiera aussi de discuter de la démocratie, il faut que la population puisse discuter et voir ce qui la concerne directement, ce n'est pas juste 65 élus qui peuvent décider de la vie des autres (...) On pense qu'après 73 ans de droite, il y a bien une table à renverser. Un bordelais sur cinq vit en dessous de seuil de pauvreté, des gens n'arrivent pas à se loger ou à se soigner. Il faut des engagements très concrets. On essaiera de mettre toute la pression possible pour que cette table soit renversée".

Côté socialistes, évidemment, on se réjouit. "L'espoir nourri par la conviction que seul un large rassemblement autour des valeurs communes, est aujourd'hui devenu une réalité. Notre diversité est à l'image de notre ville. : ouverte, tolérante, respectueuse et généreuse. Un vent s'est levé, il nous appartient de l'entretenir", disserte Emmanuelle Ajon. Le tout aura duré deux heures, mais il reste encore beaucoup de questions en suspens. L'une des plus pressantes, c'est celle des adjoints. À l'image de l'exercice opéré par Alain Juppé en 2014, ils seront annoncés un peu plus tard. L'ensemble des colistiers élus participeront ce dimanche à Bazas à un séminaire qui sera chargé de composer l'équipe qui entourera Pierre Hurmic pour les six ans à venir. Écologistes, partis de gauche et société civile pourraient y être représentés égalitairement. Les adjoints et leurs délégations, tout comme les maires de quartiers, seront officiellement désignés le 10 juillet. 

Romain Béteille
Romain Béteille

Crédit Photo : RB

Publié sur aqui.fr le 03/07/2020