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Edito | Et si nous redécouvrions les liens de la France et du Liban?...

Fraîcheur des vieilles maisons de campagne, en pierre de taille épaisse, contre laquelle les rayons du soleil fou viennent mourir ! Nos aïeuls ne connaissaient pas la « clim » mais ils vivaient si intensément leur dialogue avec la nature qu'ils savaient y puiser les matériaux qui les protégeraient de ses excès.. Faites comme moi si vous en avez le loisir : dès que la chaleur devient insupportable, et que le soleil monte, prenez garde à de ne pas trop apeurer les jeunes lézards de muraille en rabattant vers vos fenêtres les lourds volets de chêne qui connaissent si peu le poids des ans . Et puis plongez-vous dans la lecture, dans l'histoire du Liban par exemple. De ce pays meurtri et trahi dont l'un des siens, le dramaturge Wajdi Mouawad, que nous apprécions tant en France, publie dans Le Monde une tribune déchirante comme pour exorciser l'horreur de la tragédie.

 

 « Wajdi Mouawad : Nous pouvons dire que, tout comme elle a commencé, la guerre civile vient de s’achever : monstrueusement. Elle s’est achevée en une seconde de violence sidérante. Une explosion si assourdissante que ce qui a explosé, ce mardi 4 août, n’est pas seulement un stock de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, mais aussi toute la colère contenue dans le cœur de 15 millions de Libanais, (4 au pays, 11 à l’extérieur) une colère à ce point refoulée, si condensée, si pressurisée, que plus rien ne pouvait plus la contenir. Plus aucune crainte, plus aucune inquiétude, plus aucune peur, rien n’était assez grand, aucune frayeur, ni de l’avenir ni du présent, tant l’avenir s’est fané et le présent est devenu un fardeau. Et quant au passé, il n’est que douleur et honte, honte, honte et honte encore. »

Allons-nous entendre ce cri ? Ces appels désespérés de la jeunesse libanaise à Emmanuel Macron dans les rues de Beyrouth ? A tout le moins en avons-nous le devoir, et pas seulement parce que l'Histoire nous en fait une noble obligation. A cet égard, il est à la fois touchant et étonnant de découvrir, ou redécouvrir, les liens très forts, qui unissaient un certain Charles de Gaulle avec le pays du cèdre. Ce jeune commandant qui va servir pendant deux ans (1929-1931) à l'Etat major des troupes du Levant, dans la capitale libanaise, et qui reviendra, l'homme de la France Libre, en 1942 pour un très long voyage au grand dam des britanniques, Churchill en tête, réaffirmer au milieu de foules enthousiastes sa proximité avec la jeunesse libanaise, à l'orée de l'indépendance .

Oublierions-nous que les liens du sang nous attachent à ce pays ? Cet attentat terrible du Drakkar, en pleine guerre civile, en 1983, où 58 de nos soldats périrent ? Ces soldats de la Finul, cette Force intérimaire des Nations Unies au Liban, que nous servons depuis 1978 et qui assure, dangereusement, la paix à la frontière entre Israël et le pays du cèdre, où le hezbollah avec la bénédiction de l'Iran est contenu dans ses vélléités guerrières ? Ce parti chiite dont la responsabilité dans le stockage du nitrate d'ammoniim, à des fins terroristes dans le port de Beyrouth, pourrait être avérée...

Ce n'est pas le moment de laisser tomber le Liban que la corruption et le clientélisme, érigés en système de gouvernement, ont plongé dans le chaos et la misère. La France avait le devoir d'être aux côtés des Nations unies aux premières heures de la tragédie; elle devra, avec elles, veiller à ce que les élections annoncées ne soient pas, et c'est un grand risque, une parodie de démocratie rongée par l'emprise des luttes confessionnelles sur la vie publique

 

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 09/08/2020